La Cour Européenne des Droits de l’Homme a rendu, le 2 février 2012, un arrêt très attendu dans l’affaire I.M. contre France[1]et a condamné la procédure prioritaire d’examen du droit d’asile. Plus précisément, elle condamne le fait que le requérant n’a pas pu bénéficier de moyens de recours contre la décision rendue par l’OFPRA, ce qui est contraire à l’article 13[2]de la Convention.
Le Fondateur
Alexandre Glasberg, un pionnier de l’innovation sociale
Résistant de la première heure, l’Abbé Glasberg s’est engagé toute sa vie auprès des exclus. Au contact des demandeurs d’asile, des personnes âgées et handicapées, il a développé de nouvelles formes d’accompagnement social. Fondateur du COS, il a défendu des valeurs humanistes qui légitiment toujours l’action de l’association.
Né en 1902 à Jitomir en Ukraine, Alexandre Glasberg va connaître les pogromes de 1919 et 1920 et s’enfuir à Vienne en 1921 pour y faire ses études. Il arrive en France en 1931 et est ordonné prêtre en 1938. Affecté à la paroisse Notre dame de Saint Alban dans un faubourg pauvre de Lyon, il s’engage fortement dans l’action sociale, notamment auprès des demandeurs d’asile : des républicains espagnols, des Allemands et autrichiens, juifs et non juifs, fuyant le régime nazi.
De 1940 à 1942, Alexandre Glasberg va principalement s’employer à sortir des camps ouverts par le régime de Vichy, un maximum de personnes internées.
Il va institutionnaliser le travail de prise en charge des exclus. Il crée le Comité d’Aide aux réfugiés.
Très vite il travaille en réseau avec des organisations juives (l’OSE, l’Œuvre de Secours aux Enfants, les éclaireurs israélites de France) et protestantes (la Cimade).
Il rencontre ainsi une intellectuelle juive agnostique, d’origine russe, Nina GourfinKel. C’est avec elle et avec le Dr Joseph Weil qu’il fonde au printemps 1941 la Direction des Centres d’Accueil. Il s’agit de sortir les internés des camps du gouvernement de Vichy, pour les placer à l’abri dans des maisons où ils peuvent retrouver une vie plus normale.
La résistance, protéger les exclus et sauver des vies
En 1942, les convois vers les camps d’extermination nazis se multipliant, l’abbé se démène pour mettre ses protégés en lieu sûr et transforme les papiers d’identités des résidents en « non déportables ».
Après l’invasion de la zone libre le 11 novembre 1942, son action ayant pris beaucoup d’ampleur, l’abbé Glasberg est condamné à mort par contumace et recherché par la Gestapo. Il prend la fuite vers le diocèse de Montauban.
Sous le nom d’Élie Corvin, curé de la paroisse d’Honor-de-Cos, il poursuit son activité d’aide à la résistance et au sauvetage des juifs.
Il organise le parachutage d’armes et leur stockage, le placement en lieu sûrs d’enfants juifs, il gère la confection et la distribution de faux papiers d’identité.
Il devient ainsi l’un des principaux responsables de la résistance dans le Tarn et Garonne, membre actif du Maquis Ornano, du Maquis Bir Haqueim et du mouvement « Combat ».
Son frère, Vila Glasberg, est arrêté par la Gestapo. Se faisant passer pour Alexandre, il est déporté le 7 mars 1944, à Auschwitz d’où il ne reviendra pas.
Le 7 décembre 1944 l'abbé Glasberg et l'ancienne équipe de la DCA, Nina Gourfinkel et Ninon Haït Weyl, transforment la Direction des Centres d’Accueil en association loi 1901, sous l’appellation « Service des Étrangers ». La tâche immédiate est l’aide aux réfugiés rescapés des camps nazis.
L’association devient en 1946 le Centre d'orientation social des étrangers (COSE). Le Centre a pour objectif d'accueillir des réfugiés apatrides dans des conditions décentes et confortables. Dans les années cinquante, ce souci de confort pour les personnes âgées est tout à fait pionnier. Le COSE crée trois maisons de retraites pilotes à Dijon, Hyères et Marvejols. Il y introduit une conception architecturale et une vision novatrices du quotidien des pensionnaires inconnues en France à cette époque. En 1960, le COSE, commence à accueillir des réfugiés d'Algérie qui sont eux de nationalité française. Il perd son libellé " étrangers " et devient le COS (Centre d'orientation sociale).
Un engagement sans frontière au service de la dignité de l’Homme
Parallèlement à son action au sein du COS, l’abbé Glasberg manifeste un grand intérêt à la création d’un État en Palestine pour ses anciens coreligionnaires. Il est très impliqué dans « l’odyssée » de l’Exodus en 1947.
En 1948, face aux persécutions de la communauté juive en Irak, il monte avec tout un réseau de complicités en Irak et en Iran, un véritable pont aérien entre Téhéran et Israël. C’est environ 140 000 personnes qui rejoignent Tel Aviv par cette voie.
Mais aussi, il prend très rapidement conscience de la nécessité de promouvoir un dialogue israélo-palestinien, et s’investit dans l’organisation de rencontres entre les deux peuples.
Portugal, Russie, Turquie, Algérie, Cameroun… aucune misère au monde ne lui est étrangère et pour ces victimes de l’injustice il poursuit son combat.
En 1971, il fonde avec quelques amis fidèles, le pasteur Jacques Beaumont, le Docteur Gérold de Wangen et Jacques Debu-Bridel, l’association France Terre d’Asile.
L’abbé Glasberg meurt le 22 mars 1981. Le 27 octobre 2003, la médaille des justes parmi les nations lui est décernée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem.
Pour en savoir plus : Remise de la médaille des justes des nations à l'abbé Glasberg par l'Institut Yad Vashem (PDF)