Questions de Convergence
6 février 2012 | Par Dominique GABELOUX, Directrice de l'EHPAD COS Le Réjal à IspagnacComment expliquer aux personnes âgées qui vivent dans nos établissements que demain nous n’aurons même plus les moyens de faire ce que nous faisons aujourd’hui ? Ce que nous nous reprochons déjà parfois de faire un peu trop vite d’ailleurs, déjà par manque de bras , déjà par manque de temps ?
Comment leur dire que, comme eux, nous avions cru au Plan Solidarité Grand Age dans lequel le Gouvernement annonçait fin 2006 sa décision « d’augmenter significativement le nombre de soignants auprès des personnes âgées ».
Et comment leur annoncer qu’il leur faut, comme nous, renoncer à « passer d’un ratio moyen de 0,57 agents pour 1 résident, tous personnels confondus, à 0,65 pour 1 résident » comme cela avait été pourtant officiellement annoncé ?
Les quelques établissements qui avaient reçu les moyens de (timidement) commencer à ouvrir la voie, sans pour autant réussir à atteindre le plus faible de ces ratios, sont aujourd’hui montrés du doigt et leur budget soins condamné à la décapitation par convergence tarifaire.
Exit les ratios en personnel porteurs d’un peu d’humanité, voici venu le règne du désormais sacro saint « tarif plafond », qui décrète que « Tout ce qui dépasse doit être rendu ».
Si l’idée de réduire les écarts entre les EHPAD et d’optimiser les ressources allouées par l’assurance maladie n’a rien de contestable en soi, celle de décréter un alignement vers le bas ne peut que gravement inquiéter un secteur déjà en souffrance.
Connues pour être les parents pauvres du médio social, avec des prix de journée et des ratios d’encadrement très en deçà de ceux des établissements pour personnes handicapées, les maisons de retraite ont déjà relevé le défi de plusieurs révolutions culturelles et budgétaires sur les 20 dernières années. Elles savent évoluer et s’adapter.
Mais cette fois-ci, la convergence tarifaire les choque et les inquiète profondément : d’abord parce qu’elle s’apparente à une dénonciation unilatérale des conventions tripartites par le partenaire « Etat », avec ce que cela apporte de questionnements et de doutes. Ensuite parce que les établissements pour personnes âgées (déjà plus fragiles que d’autres) supportent là un système de tarification à la pathologie, sans les délais d’apprentissage et d’ajustement qui ont été jugés indispensables pour les établissements sanitaires, précurseurs en la matière. Enfin, parce que l’outil de mesure, le fameux PATHOS, qui n’avait d’ailleurs pas été conçu pour sa fonction actuelle, est loin d’être stabilisé, comme le démontre l’évaluation en cours… et pourtant la convergence s’applique déjà !
La question revient, lancinante : comment expliquer cette convergence injuste aux personnes âges que nous accueillons, à leur famille et à tous les professionnels souvent déjà en tension ? Comment réduire une voilure connue pour être déjà dangereusement insuffisante ?