Le temps du relogement des Roms
29 avril 2011 | Par Philippe Ellias, Directeur du Foyer COS Quancard à BordeauxQue de chemin parcouru depuis plus d’un an maintenant ! Il était pourtant long et les enjeux réels car traiter de la question de la résorption des squats sur l’agglomération bordelaise au moment du débat national, très controversé, sur la question des ROMS bulgares et roumains en situation de squats, relevait d’un véritable défi.
D’ailleurs, la complexité du sujet, liée aux expériences parfois douloureuses dans de grosses métropoles, devait vouer à l’échec cette MOUS (Maitrise d’œuvre Urbaine et Sociale) mise en place par le Préfet, la Mairie de Bordeaux et la CUB. Il fallait donc relever le défi, c’est ce que nous avons fait avec beaucoup d’humilité, de persévérance mais surtout animés par l’idée qu’il était possible de faire se retrouver les acteurs par delà les enjeux.
Le premier travail a certainement consisté à changer les regards portés sur la population qui dispose, en général, d’une forte volonté d’intégration, charge à elle de contribuer à ce changement en préférant fréquenter les cours de français et rechercher du travail légal, plutôt que de faire la manche aux feux rouges!!
En second lieu, il a été nécessaire de mobiliser les acteurs institutionnels autour de l’idée que seule la sortie de l’illégalité pour cette population, permettait de travailler sur les bases d’une intégration future réussie.
Il a aussi fallu rassurer les acteurs sur l’idée que la mise en place d’une politique d’accueil structurée mais pas moins contraignante, ne favoriserait pas l’appel d’air et qu’au contraire, ne rien faire laissait la part belle au réseau.
Petit à petit, dépassant les discours, animés d’une volonté réelle de changer les choses, les acteurs locaux se sont très fortement mobilisés. Le Préfet a donné des titres de séjour à certains pour faciliter leur intégration, il a eu la volonté de mettre en place des lieux d’accueil pour donner des conditions de vie plus dignes. Le Président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, la CUB, s’est engagé en proposant des maisons mais aussi des terrains pour l’installation de chalets (1 à 3 chalets par terrain) en accord avec les communes concernées. La Ville de Bordeaux a également participé à la mise en place d’un dispositif dédié à l’accueil de ces personnes. La Région a proposé de réfléchir à l’ouverture de formations ou d’actions d’insertion dédiées pour accompagner la professionnalisation. Le Conseil Général, enfin, a ouvert ses portes pour aider les familles dans leurs démarches d’intégration.
Il ne faut pas oublier le travail des associations, qu’elles soient militantes ou techniciennes qui ont contribué, d’une façon ou d’une autre, à faire avancer le sujet par la connaissance qu’elles ont des populations.
Que de chemin parcouru en 18 mois puisque, d’ici à fin juin, c’est près de 150 places d’accueil qui seront mobilisées pour cette population. Et pourtant, nous sommes conscients que toute cette construction repose sur un fil, qu’elle est fragile parce que les lignes politiques peuvent évoluer alors même qu’une deuxième étape nous attend, celle de la mise en place d’un dispositif d’accueil qui soit pensé, construit et fondé sur une démarche et une volonté d’intégration réelle et durable.
Le chemin est long, il nous faut entretenir la volonté qui nous anime, en dépassant les barrières politiques et toujours animés par la volonté de donner aux ressortissants bulgares et roumains de l’Union Européenne, une chance de réussir.
Philippe ELLIAS | Directeur du Foyer COS Quancard à Bordeaux